Petits métiers dans les rues


Publié le 31 août 2008 dans Ile Maurice




Petits métiers dans les rues

Dévoués malgré tout...


Un coup de vent a endommagé votre parapluie? Une vieille montre qui a besoin d'être rafistolée? Avez-vous besoin de changer les semelles de vos chaussures? Pourquoi ne pas tous les faire réparer chez un horloger, un réparateur de parapluie et un cordonnier? Il est entendu que c'était au bon vieux temps que les Mauriciens faisaient réparer leurs objets endommagés et, de fait, il y a une cinquantaine d'années environ, les rues de Maurice et plus particulièrement celles de Port-Louis grouillaient de ces métiers qui constituaient le gagne-pain de bon nombre de nos compatriotes. Pourtant, il arrive que le hasard nous fasse rencontrer, au détour d'une rue de la capitale, des gens qui exercent encore ces nobles métiers qu'on croyait disparus du paysage local. Week-End a rencontré Ashok Hauradhun, horloger; Eddy Jean Jacques, cordonnier; et James Velapenchetty, réparateur de parapluies.
Ashok Hauradhun, l'horloger
Ceux qui empruntent souvent la rue Edith Cavelle, à Port-Louis, ont sûrement dû le voir à maintes reprises. Ashok Hauradhun caresse, répare, démonte et remonte montres et pendules depuis 30 ans. Il avait auparavant un emplacement, mais depuis six ans, il se retrouve sur les rues à faire ce même métier qui le passionne tellement. "Mone pren six ans zis pou aprane metier la", nous confie Ashok. Son métier, déclare-t-il, est son gagne-pain, mais il dit le faire aussi avec beaucoup d'amour. Marié et père de deux enfants, ce quinquagénaire attire une quinzaine de gens environ, par jour. Il travaille dans un coin de la rue où devant un magasin de 9h à 15h, du lundi au vendredi. "Ena zafer ki mone aprane bien ancien. zordi zour ou pa trouver mem dimoune ki kone réparer koma longtemps", souligne-t-il, en souriant, avant d'ajouter: "Zordi zour tou zeness kontan travay de luxe, pena personne pou fer sa travay la."
Eddy Jean Jacques, le cordonnier
Eddy Jean Jacques, 51 ans, est un cordonnier qui opère près du Jardin de la Compagnie, tous les jours de 9 h 30 à 14 h 30. Munis d'outils, tous manuels et plutôt anciens, cet habitant de Cassis répare, coud et colle chaussures et savates qui viennent à lui. Eddy, qui pratique ce métier depuis trois ans et demi déjà, avoue que c'est son ami qui l'a incité à l'apprendre. Le métier de cordonnier, pour lui, n'est pas seulement un gagne-pain, mais un passe-temps aussi. "Avan mo ti p fer banne travail masson. Dan week-end mo ti abitié ale aide mo kamarad ki cordonnier res Cassis, lerla ki mone ale intéréssé ar métier là", nous confie-t-il. Il attire entre cinq que sa clientèle augmente. Les prix de ses services varient entre Rs60 et Rs 200. "Mem si li ene ti lamoné mo gagn mo lavie honetmen", déclare-t-il, avant d'ajouter: "Pas koma sa banne zeness ki pa travay la apré al koken partou parski zot kontan larzen facile."
James Velapenchetty, le réparateur de parapluies
James Velapenchetty, 58 ans, est réparateur de parapluies et de parasols. Cela fait 20 ans qu'il pratique son métier. Assis sur les marches d'un bâtiment, James est équipé de fils et d'une aiguille avec lesquels il coud des parapluies de toutes les couleurs. Il travaille tous les jours, entre 7h 30 et 15 h. Ce quinquagénaire déclare que si l'amour pour son métier est une qualité majeure dans ce qu'il fait, il lui faut néanmoins avoir beaucoup de patience. "Mo prié la vierge tou les jours pour gagne patience la force courage pou continier seki mo p fer", nous confie-t-il. Ce réparateur de parapluie déclare que rendre service aux autres est un de ses principales qualités et même s'il n'a parfois que deux clients dans une journée, il est comblé, car il aime gagner sa vie honnêtement. Souriant et bon vivant, James déclare prendre la vie comme elle vient. Il estime que, "banne zeness ki pena travay bizin aprane ene métier ai lié zot assizé sans rien faire".
Gagner sa vie honnêtement
Ces trois quinquagénaires sont parmi le peu de gens qui se battent tous les jours pour faire survivre ces métiers en voie de disparition. Amour du métier, patience et persévérance règnent dans le quotidien de ces personnes. Si ce n'est pas tellement facile de travailler dans les rues, ces braves gens déclarent que, peu importe la difficulté, le but est de gagner sa vie honnêtement. "Misère, mais honet", comme dit le l'adage créole. Peu nombreux sont ceux qui donnent à réparer leur objets endommagés. Pourtant, ces services ne coûtent pas chers. La technologie s'installe à grands pas à l'île Maurice. Beaucoup de Mauriciens ne réussissent pas à s'intégrer dans notre nouvelle ère technologique. Ils sont, de ce fait, forcés à se limiter aux métiers manuels dans les rues. Ashok Hauradhun, Eddy Jean Jacques et James Velapenchetty sont les derniers remparts de ces métiers, qui faisaient autrefois partie des mœurs et du folklore mauricien.


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